L'image qu'internet renvoie d'une personne s'appelle l'e-réputation, ou réputation numérique : c'est l'ensemble des informations, photos, avis et commentaires que l'on trouve à son sujet en ligne. Elle se vérifie, s'entretient et, dans les cas prévus par la loi, se corrige grâce au droit à l'effacement, au déréférencement ou à une action pour diffamation.
E-réputation, identité numérique, notoriété : trois notions distinctes
L'e-réputation désigne la perception qu'ont les autres d'une personne ou d'une entreprise à partir de ce qui circule sur internet. Elle se distingue de deux notions voisines, souvent confondues.
- L'identité numérique regroupe les traces qu'une personne laisse elle-même en ligne : profils sur les réseaux sociaux, publications, photos, commentaires, adresse de messagerie.
- L'e-réputation ajoute à ces traces tout ce que les autres publient : avis, articles, photos partagées par des tiers, mentions dans des discussions.
- La notoriété mesure le fait d'être connu, sans dire si l'image est bonne ou mauvaise.
Une personne peut donc avoir une identité numérique soignée et une e-réputation abîmée par un seul contenu publié par quelqu'un d'autre. C'est ce qui rend la question sensible : une partie de l'image en ligne échappe à la personne concernée, et c'est là que le droit intervient.
Les canaux qui façonnent l'image d'une personne en ligne

L'image d'une personne sur le web se construit à travers plusieurs canaux, qui n'ont pas le même poids ni les mêmes règles.
- Les réseaux sociaux, où les publications, les photos et les commentaires restent visibles longtemps selon les réglages de confidentialité.
- Les plateformes d'avis, qui pèsent surtout pour les commerçants, artisans et professions libérales.
- Les forums et les blogs, où une discussion ancienne peut continuer d'apparaître dans les résultats.
- Les réseaux professionnels, consultés par les recruteurs et les partenaires.
- La presse en ligne, dont les articles relèvent de la liberté d'information.
- Les moteurs de recherche, qui ne publient rien eux-mêmes mais rassemblent ces contenus dans les résultats affichés pour un nom et un prénom.
Un professionnel ne peut pas supprimer lui-même un avis qui lui déplaît sur une fiche d'établissement : il peut y répondre publiquement et signaler à la plateforme un avis contraire à ses règles. C'est souvent la qualité de la réponse, plus que l'avis lui-même, que retiennent les lecteurs.
Pourquoi l'image en ligne pèse sur la vie personnelle et professionnelle
L'image renvoyée par le web compte parce qu'elle est consultée avant même une première rencontre. Un recruteur, un client, un propriétaire ou une nouvelle connaissance tape souvent un nom dans un moteur de recherche ; ce qu'il trouve sur la première page forme sa première impression. Pour une entreprise, des avis négatifs non traités peuvent détourner des clients ; pour un particulier, une photo ancienne, un commentaire sorti de son contexte ou une rumeur peuvent nuire à une candidature.
L'enjeu touche aussi au bien-être. Un contenu humiliant, des propos diffamatoires ou la diffusion d'informations intimes, par exemple sur la santé, sont vécus comme une atteinte durable, parce qu'ils restent accessibles et se partagent vite. Les données de santé font d'ailleurs partie des données dites sensibles, que la réglementation protège particulièrement. Savoir que des recours existent aide à ne pas rester seul face à ce type de situation, et les ressources officielles réunies sur ce site orientent vers des interlocuteurs fiables.
Faire le point sur ce qu'internet dit de soi
Faire le point sur son e-réputation commence par une recherche méthodique de son propre nom, comme le ferait un inconnu.
- Saisir ses nom et prénom, entre guillemets, dans plusieurs moteurs de recherche, puis consulter aussi l'onglet des images.
- Vérifier les réglages de confidentialité de chaque réseau social et ce que voit une personne non connectée.
- Repérer les comptes anciens ou oubliés, et les fermer s'ils ne servent plus.
- Noter l'adresse exacte de chaque contenu gênant : elle sera demandée pour toute démarche.
- Renouveler cette vérification de temps en temps, par exemple tous les quelques mois.
Faire retirer une information : effacement, déréférencement, diffamation
Faire retirer une information en ligne passe par des démarches différentes selon la nature du contenu et la personne à qui l'on s'adresse.
Le droit à l'effacement auprès du site
Le droit à l'effacement permet de demander au site ou au réseau social de supprimer des données personnelles. La CNIL indique que les coordonnées pour exercer ce droit figurent dans les mentions légales ou la politique de confidentialité, que le responsable dispose d'un mois pour répondre et qu'au-delà, une plainte peut être adressée à la CNIL. Une personne qui était mineure au moment de la publication peut demander l'effacement de ses données dans les meilleurs délais. Des exceptions existent, notamment pour la liberté d'information, des motifs d'intérêt public ou le respect d'une obligation légale.
Le déréférencement auprès des moteurs de recherche
Le déréférencement consiste à demander à un moteur de recherche de ne plus afficher un lien dans les résultats obtenus à partir de ses nom et prénom. La demande se fait auprès de chaque moteur, par son formulaire en ligne ; selon la CNIL, il dispose en principe d'un mois pour répondre, délai qui peut être porté à trois mois. Le contenu reste consultable sur le site d'origine. En cas de refus ou d'absence de réponse, une plainte peut être déposée auprès de la CNIL, en joignant la copie de la demande.
La diffamation
La diffamation consiste à accuser une personne d'un fait précis qui porte atteinte à son honneur ou à sa réputation. Service-public.fr précise qu'elle est publique lorsqu'elle est diffusée en ligne et accessible à tous, et que la victime doit agir dans un délai de trois mois après les faits, porté à un an si les propos ont un caractère raciste ou discriminatoire. Le contenu peut être signalé à l'hébergeur ; une plainte se dépose au commissariat, à la gendarmerie ou par courrier au procureur de la République, un signalement sur la plateforme Pharos ne valant pas plainte. L'aide d'un avocat est recommandée.
Entretenir une image juste sur la durée
Une e-réputation solide se construit surtout par ce que l'on publie soi-même, avec régularité et mesure. Quelques habitudes y contribuent :
- publier des contenus exacts et utiles plutôt que des réactions à chaud ;
- répondre aux critiques avec calme et des faits vérifiables ;
- réfléchir avant de partager des informations personnelles, en particulier sur sa santé ou celle de ses proches ;
- demander l'accord des personnes avant de publier leur photo.
D'autres repères pour prendre soin de soi au quotidien sont rassemblés dans la rubrique bien-être.
Questions fréquentes sur l'e-réputation et l'image en ligne
Quelle différence entre e-réputation et identité numérique ?
L'identité numérique rassemble ce qu'une personne publie elle-même ; l'e-réputation inclut aussi ce que les autres disent d'elle. La seconde se maîtrise donc moins que la première.
Peut-on faire retirer une photo de soi publiée par quelqu'un d'autre ?
La CNIL conseille d'écrire au site ou au réseau social pour demander le retrait de l'image, en indiquant l'adresse exacte de la page, l'information à supprimer et le motif. Sans réponse dans le délai d'un mois, une plainte peut être déposée auprès de la CNIL.
Le déréférencement supprime-t-il le contenu ?
Le déréférencement retire seulement le lien des résultats de recherche associés aux nom et prénom. Pour faire disparaître le contenu lui-même, il faut s'adresser au site qui l'héberge.




