Plus de 200 types de HPV (papillomavirus humains) sont identifiés, mais une douzaine seulement porte un haut risque de cancer : les types 16 et 18 causent à eux seuls deux tiers à trois quarts des cancers du col de l'utérus, tandis que les types 6 et 11, à bas risque, donnent plus de 90 % des verrues génitales.
Haut risque contre bas risque, en trois repères
- Types oncogènes (16, 18, 31, 33, 45, 52, 58 et quelques autres) : lésions précancéreuses du col, de l'anus, de la gorge ; aucun symptôme pendant des années.
- Types à bas risque (6 et 11 surtout) : condylomes visibles, gênants, mais sans évolution vers un cancer.
- Le vaccin Gardasil 9 couvre neuf types, les deux familles comprises ; le dépistage repère les types oncogènes.
Comment les papillomavirus humains sont-ils classés ?
Les papillomavirus humains forment une famille de virus à ADN que les virologues numérotent dans l'ordre de leur découverte : le HPV 1 a été décrit le premier, le HPV 16 un peu plus tard, et la liste dépasse aujourd'hui 200 types distincts selon le chapitre que les CDC américains consacrent au virus. Le numéro ne dit donc rien de la gravité : il sert seulement à distinguer des génomes qui diffèrent d'au moins 10 % sur un gène de référence, le gène L1, qui code la protéine de la capside.
Deux grands groupes se dessinent selon la zone du corps infectée :
- Les types cutanés
- Ils infectent la peau des mains et des pieds (HPV 1, 2, 4, 27, 57…) et provoquent les verrues vulgaires et plantaires, sans lien avec les cancers génitaux.
- Les types muqueux
- Une quarantaine de types infectent les muqueuses génitales, anales et de la bouche. Ce sont eux que l'on classe ensuite selon leur pouvoir oncogène, c'est-à-dire leur capacité à transformer les cellules jusqu'au cancer.
Au sein des types muqueux, la classification retenue par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC, l'agence spécialisée de l'OMS) dans sa monographie 100B place douze types parmi les cancérogènes certains pour l'humain. Les autres sont rangés en cancérogènes probables, possibles, ou en types à bas risque. Cette hiérarchie repose sur des données épidémiologiques : la fréquence de chaque type dans les cancers du col prélevés à travers le monde.
Quels sont les types de HPV à haut risque ?
Les types de HPV à haut risque, dits oncogènes, sont les types 16, 18, 31, 33, 35, 39, 45, 51, 52, 56, 58 et 59, la douzaine que le CIRC classe en cancérogènes certains. Les tests de dépistage utilisés en France recherchent cette liste, souvent complétée des types 66 et 68 : les CDC citent quatorze types détectés par les tests autorisés aux États-Unis.
Le HPV 16 domine nettement. Il est impliqué dans environ la moitié des cancers du col dans le monde, et dans la grande majorité des cancers de l'oropharynx liés au virus. Le HPV 18 arrive en second et se retrouve plus souvent dans les adénocarcinomes, une forme de cancer du col qui naît dans les glandes du canal cervical, plus difficile à repérer par le frottis classique.
Ensemble, les types 16 et 18 causent environ 76 % des cancers du col selon l'OMS (aide-mémoire 2024), et environ 66 % selon les CDC : l'écart tient aux régions et aux périodes étudiées. Les types 31, 33, 45, 52 et 58 se partagent une grande part du reste. Une infection par un type oncogène ne signifie pas pour autant un cancer : le système immunitaire élimine le virus dans la majorité des cas, et l'OMS estime qu'il faut de 15 à 20 ans pour que des anomalies cellulaires persistantes deviennent cancéreuses chez une personne dont l'immunité est normale.
Le risque concret vient donc de la persistance : un même type oncogène retrouvé à plusieurs contrôles successifs, ce que le dépistage cherche justement à repérer avant toute lésion grave.
Haut risque ou bas risque : ce qui change pour la santé
Un HPV à haut risque et un HPV à bas risque se transmettent de la même façon, par contact intime de peau à peau ou de muqueuse à muqueuse, préservatif compris parfois, mais ils n'ont ni les mêmes conséquences ni la même surveillance. Le tableau compare les deux familles critère par critère.
| Critère | Types à haut risque | Types à bas risque |
|---|---|---|
| Principaux types | 16, 18, 31, 33, 45, 52, 58 | 6, 11 (et 40, 42, 43, 44 plus rarement) |
| Manifestation | Aucune visible ; lésions détectées au dépistage | Condylomes (verrues génitales), papillomes |
| Évolution possible | Lésion précancéreuse puis cancer en cas de persistance | Récidives fréquentes, pas de cancer |
| Organes concernés | Col de l'utérus, anus, oropharynx, vulve, vagin, pénis | Zone génitale et anale, larynx (rare) |
| Recherche au dépistage | Oui, par le test HPV dès 30 ans | Non, diagnostic à l'examen clinique |
| Couverture par Gardasil 9 | 16, 18, 31, 33, 45, 52, 58 | 6, 11 |
Le verdict est net : les types à bas risque se voient et gênent, les types à haut risque ne se voient pas et menacent. La surveillance des seconds passe par le dépistage, quand les premiers relèvent d'un examen et d'un traitement local. Les deux cohabitent souvent chez la même personne, puisque la majorité des adultes sexuellement actifs rencontrent au moins un papillomavirus au cours de leur vie.
Les types à bas risque et les verrues génitales
Les types à bas risque les plus fréquents, les HPV 6 et 11, causent plus de 90 % des verrues anogénitales selon les CDC. Ces lésions, appelées condylomes acuminés, apparaissent quelques semaines à quelques mois après le contact, sous forme de petites excroissances couleur chair, isolées ou en « crête de coq ». Elles ne dégénèrent pas en cancer, mais elles récidivent souvent et pèsent sur la vie intime ; les traitements et les gestes de prévention des verrues génitales et de leurs récidives se discutent avec un médecin.
Les mêmes types 6 et 11 provoquent une maladie rare et plus sérieuse, la papillomatose respiratoire récurrente : des papillomes poussent sur les cordes vocales et le larynx, chez l'enfant contaminé à la naissance ou chez l'adulte. La maladie oblige parfois à des interventions répétées, ce qui explique que le vaccin inclue ces deux types alors qu'ils ne causent aucun cancer.
Un condylome découvert chez une femme ne dit rien de la présence d'un type oncogène, et inversement : la présence de verrues ne dispense pas du dépistage, et un dépistage négatif n'exclut pas des condylomes.
Papillomavirus et cancers : col de l'utérus, mais pas seulement
En France, environ 6 400 cancers sont liés chaque année aux papillomavirus, dont un sur quatre chez les hommes, selon Vaccination Info Service (page mise à jour le 1er janvier 2026). Le cancer du col de l'utérus en représente la part la plus connue, avec près de 3 000 nouveaux cas et environ 1 000 décès par an. Dans le monde, l'OMS compte environ 604 000 nouveaux cas et 280 000 décès de cancer du col en 2024.
Les autres localisations concernent l'anus, la vulve, le vagin, le pénis et l'oropharynx (amygdales, base de la langue). Pour ces cancers aussi, le HPV 16 est de loin le type le plus souvent retrouvé. La part des cancers de la gorge liés au virus progresse dans plusieurs pays, chez des patients plus jeunes et souvent non fumeurs : les signes à surveiller et le lien avec les pratiques orales sont détaillés à propos du cancer de l'oropharynx lié au HPV.
Ces cancers n'ont pas de dépistage organisé, à la différence du col : la vaccination reste le seul moyen de prévention avant l'exposition, d'où son extension aux garçons.
Types de HPV, test positif et résultats : questions de lecture
Un test HPV positif précise-t-il le type ?
Un test HPV positif signale en général la présence d'au moins un type à haut risque, sans toujours préciser lequel. Certains laboratoires distinguent le 16 et le 18 du groupe des autres types oncogènes, ce qui oriente la suite : un HPV 16 ou 18 justifie plus souvent une colposcopie directe, les autres types un examen des cellules d'abord.
Peut-on être porteur de plusieurs types en même temps ?
Une même personne peut porter plusieurs types à la fois, ou les uns après les autres au fil des années : l'immunité acquise contre un type ne protège pas contre les autres. Les infections multiples sont fréquentes chez les jeunes adultes.
Un HPV à haut risque disparaît-il seul ?
La plupart des infections, y compris par un type à haut risque, disparaissent spontanément en un ou deux ans d'après les CDC. Seule une infection qui persiste au contrôle suivant demande des examens complémentaires.
Faut-il prévenir son partenaire ?
Le papillomavirus circule si largement que le partenaire a souvent déjà été exposé, sans qu'on puisse dater la contamination. En parler aide surtout à rappeler l'intérêt du dépistage et de la vaccination pour chacun.
Le vaccin Gardasil 9 : quels types couvre-t-il ?
Le vaccin Gardasil 9, seul utilisé en France pour une première vaccination, protège contre neuf types : 6, 11, 16, 18, 31, 33, 45, 52 et 58. Les CDC estiment qu'environ 15 % des cancers du col sont dus à des types qu'il ne couvre pas, ce qui situe la part évitable autour de 85 %. Les anciens vaccins, bivalent (16 et 18) et quadrivalent (6, 11, 16 et 18), ne sont plus utilisés pour démarrer un schéma.
| Âge | Schéma recommandé en France |
|---|---|
| 11 à 14 ans (filles et garçons) | 2 doses, à 5 mois d'intervalle |
| 15 à 26 ans révolus (rattrapage) | 3 doses |
| Dès 9 ans | Enfants candidats à une greffe d'organe solide |
Le rattrapage jusqu'à 26 ans est ouvert depuis le 19 décembre 2025, selon Vaccination Info Service. La vaccination protège surtout avant les premiers rapports, quand aucun type n'a encore été rencontré ; elle ne traite pas une infection déjà installée. Une jeune femme vaccinée garde le dépistage, puisque certains types oncogènes restent hors du vaccin.
Le dépistage cible les types oncogènes
Le dépistage du cancer du col recherche les types de HPV à haut risque à partir de 30 ans : la Haute Autorité de santé a recommandé en juillet 2019 que le test HPV remplace l'examen cytologique (frottis) chez les femmes de 30 à 65 ans, tous les 5 ans si le résultat est négatif. Entre 25 et 30 ans, le dépistage reste fondé sur deux examens cytologiques à un an d'intervalle, puis un troisième trois ans plus tard s'ils sont normaux.
Avant 30 ans, la recherche du virus serait peu utile : les infections transitoires sont si fréquentes à cet âge qu'un test positif inquiéterait sans raison. Après 30 ans, un type oncogène retrouvé a plus de chances d'être persistant. Le calendrier, les examens et la prise en charge du dépistage organisé du col suivent ces règles, et l'autoprélèvement vaginal reste possible pour celles qui ne consultent pas.
Un résultat positif à un type oncogène, des saignements après les rapports ou en dehors des règles, ou une verrue génitale qui revient : chacun de ces cas mérite une consultation chez un médecin généraliste, une sage-femme ou un gynécologue, qui seul peut lire le résultat au regard de l'histoire de la patiente et décider d'une colposcopie. La rubrique santé du papillomavirus et du quotidien rassemble les autres repères du site.




