Un retard en France dans la mise en place du test viral HPV pour dépister le cancer du col de l’utérus

La Commission Européenne, en partenariat avec l’agence internationale pour la recherche oncologique de l’OMS a rédigé en 2015 un guide européen des bonnes pratiques à suivre par les pays dans le cadre de l’organisation d’un dépistage national. Dans ce guide, il est recommandé aux décideurs publics des Etats membres ou des régions utilisant la cytologie en dépistage primaire de réviser leurs stratégies en cours et d’effectuer les évaluations médico-économiques nécessaires en vue d’une transition vers un dépistage primaire HPV.

L’INCA (Institut National du Cancer) en charge de l’organisation du dépistage national du cancer du col de l’utérus (DOCCU) admet que le passage au test HPV en dépistage primaire (des femmes à partir de 35 ans), stratégie parmi les plus efficientes, a été identifié comme une situation cible pour le plan national de dépistage du cancer du col de l’utérus (p.92 du rapport). Néanmoins, des freins purement administratifs (actualisation de rapports, élaboration de recommandations de bonnes pratiques professionnelles, négociations de la tarification, actions de communication, etc…) l’ont incité à remettre ce choix à dans 5 ans.

Or, si la transition recommandée par la Commission européenne n’est pas effectuée avant cinq à six ans comme cela est annoncé, ce sont, selon la publication d’Ogilvie et al. de juillet 2018, 109.000 Françaises ayant effectué leur cytologie selon les recommandations françaises qui sont menacées par un cancer du col de l’utérus.Ce sont plus de 54.000 femmes pour une transition en 3 ans…

➤ Combien de temps, combien de vies encore faudra-t-il pour faire ce que font tous les pays autour de nous ?

L’étude FOCAL : le test HPV est 2,4 fois plus efficace que le frottis

Publiée dans le Journal of American Medical Association (JAMA. 2018;320(1):43-52) le 3 juillet 2018, l’étude HPV “Focal” montre que le dépistage du cancer du col de l’utérus par le test HPV réduit de façon significative les lésions de haut grade par rapport au frottis en milieu liquide. Focal est une étude randomisée portant sur 19 000 femmes canadiennes âgées de 25 à 65 ans qui ont complété le suivi de 4 ans soit par un test HPV, soit par un frottis. Cette étude montre également que le test HPV détecte plus précocement et plus efficacement que le frottis les lésions de bas grade qui pourront éventuellement évoluer vers les hauts-grades puis le cancer. Dans le bras suivi par frottis, 2,3 lésions sont dépistées pour 1000 patientes alors que dans le bras HPV, ce sont 5,5 lésions pour 1000 qui sont détectées, soit 2,4 fois plus.

FOCAL est la première étude à pouvoir permettre un calcul épidémiologique des conséquences d’un retard à l’application des recommandations européennes dans le dépistage du cancer du col de l’utérus : 3 200 lésions de plus par million de femmes dépistées.

➤ C’est pourquoi nous voulons le test HPV maintenant !

Bénéfices démontrés du dépistage primaire par HPV :

  • Plus grande sensibilité pour détecter les lésions précancéreuses
  • Meilleure protection contre les cancers du col et impact réduit des CIN2 et CIN3
  • Précocité de la détection des lésions pré-cancéreuses persistantes
  • Protection contre les cancers invasifs avancés et la mortalité des cancers du col par rapport à une population sans dépistage organisé

L’Australie, le modèle à suivre

Dans une publication du 2 octobre 2018 de Lancet Public Health, des scientifiques australiens peuvent annoncer que si l’Australie maintient son programme, les cancers du col de l’utérus auront quasiment disparus d’ici 20 ans. Une perspective dont la France est très, très loin. En matière de lutte contre le cancer du col de l’utérus, l’Australie fait figure de modèle. Elle a organisé un dépistage dès 1991 basé d’abord sur le frottis puis depuis 2017 sur le test HPV. La France, elle, pense introduire un dépistage organisé en 2019 et le base sur le frottis que vient d’abandonner l’Australie. Depuis 2007 l’Australie a introduit un programme massif de vaccination des filles puis en 2013 des garçons avec un taux de couverture respectif de 78,6% et 72,9% quand la France ne vaccine que les filles avec un taux de couverture de 19%. Pourquoi ne pas se baser sur l’expérience de l’Australie, des Pays-Bas, de l’Italie, de la Turquie? Le Ministère l’a bien dit : on n’est pas prêts. Cela fait trente ans.

➤ C’est pourquoi nous voulons HPV maintenant !